[Interview] Jean Luc Valérie et le loup

[Interview] Jean Luc Valérie et le loup en Lorraine et dans les esprits

 

Le loup en France est un sujet qui fâche qui dérange, si certains y voit un animal qui a le droit de vivre sur le territoire, d'autres y voient le diable en personne : un mangeur d'hommes et un destructeur en puissance.

Mais qui est vraiment cet animal ? Court-on un risque à en rencontrer un ? Y en a-t-il qui arrivent sur notre territoire ? Méritent-ils d'être haïs ?

A ces réponses, j'ai tenté avec l'aide d'une connaissance (un ami) de donner des éléments de réponses.

J'ai donc posé des questions à Jean-Luc Valérie pour éclaircir cette affaire.

Philippe Mind

Intervenants

P.M. : Philippe Mind

J.L.V. : Jean Luc Valérie

Jean Luc Valérie et Philippe Mind - Interview au sujet du loup (crypto-Investigations)

Jean Luc Valérie (à gauche) et Philippe Mind (à droite)

Interview (Mise en ligne le 15 juin 2013)

P.M. : Pouvez-vous présenter brièvement ?

J.L.V. : C’est la photographie qui m’a conduit à essayer de comprendre, les nombreuses interactions des milieux représentés, injustement, comme des écosystèmes en état d'équilibre. Depuis 2007, je ne cesse d’essayer de comprendre, les comportements du loup, en milieu naturel, afin de dénoncer, entre autre, le manque totale de transparence dans la gestion retour du canidé sauvage. Et le manque d’expérimentation dans la mise en protection des troupeaux. Connaître la biologie du loup, c’est comprendre, la problématique. Tout comme, comprendre la biologie de l’ovin, indispensable à l’expérimentation, je m’y emploie également.

P.M. : On a pu lire sur le site Lor'Actu.fr du 11/03/2013, les déclarations du président du groupe d'étude des mammifère de Lorraine (GEML), il déclarait que la présence du loup (Canis lupus) dans la Meuse n'était que pure spéculation, on ne peut nier que cet homme s'est trompé car les nouveaux éléments dont on dispose montrent le contraire. Quel est votre avis sur la question ?

J.L.V. :Les déclarations du Geml, sont souvent contradictoires.

J'étais sur la piste, sur la voie et sur l'empreinte, du loup et non le Geml.

J’ai relevé une piste, j’avais préparé la randonnée à l’avance. Je disposais d’un atout majeur qui était le témoignage visuel d’une personne, un passionné de chiens de traîneaux. Le malamute avait un comportement étrange plutôt craintif. La femelle se retournait sans arrêt pour regarder derrière le traîneau. Ce dernier a du arrêter ses chiens, à plusieurs reprises et il s’est aperçu qu’un canidé les suivait.

Le lien : Le loup vosgien a investi la Meuse

J’ai préparé à l’avance mon parcours sur une carte. J’ai répertorié à l’avance les informations dont on disposait sur la zone (prélèvements et observations de loups). Je me suis rendu ensuite sur place dans le but de vérifier le témoignage. J'ai également relevé une piste double en forêt, sur Neufchâteau, en avril 2013, qui atteste après de nombreuses analyses, que le loup est présent , en nombre sur le secteur, concerné. 

P.M. : Comment s’est déroulée cette recherche ?

J.L.V. : J’avais décidé tout d’abord de suivre un chemin qui longe la N4 et qui montait sur les hauteurs de Ligny en Barrois là où le témoin avait entraîné ses chiens. Je suis tombé immédiatement  sur une double piste celle d’un chien avec ses propriétaires. Mais quelques empreintes ne correspondaient pas à celle d’un chien et étaient plus caractéristiques du loup. J’ai commencé à prendre des photographies pour les analyser.

J’ai retrouvé la piste du traineau et des deux chiens qui tractaient. La piste avait été plus ou moins soufflée mais on pouvait encore distinguer une troisième piste qui n’appartenait pas à celle des chiens. Je suis ensuite tombé sur une piste de loup d’une quarantaine de mètres où l’on pouvait distinguer le posé du postérieur ce qui était tout à fait caractéristique du loup.

J’ai ensuite comparé certaines images de ce que je considérais comme la piste du loup et celles qui appartenaient à la piste des chiens. Après en avoir parlé avec des spécialistes en chiens de traineau, je me suis aperçu que les chiens de traineaux ne superposent jamais leurs pattes.

P.M. : Comment peut-on expliquer le comportement de ce loup qui ne craignait pas vraiment l’Homme ?

J.L.V. : D’abord il faisait froid, le musher était donc très bien habillé (capuches, gants, bonnets) peu de surface de sa peau était à l’air libre, on peut se dire que son odeur était donc couverte par celle des chiens. Nicolas Vannier a fait le grand nord et la Sibérie et a été suivi à plusieurs reprises par des meutes de loups : selon lui le chien est une proie du loup donc le loup voulait s’en nourrir. Dernière explication la femelle était allaitante et le loup si il était né en mai 2012 devait avoir entre 7 et 8 mois et était peut-être à la recherche du contact de la louve et peut-être de ses congénères.

P.M. : Comment ce loup a-t-il pu se retrouver sur les hauteurs de Ligny-en-Barrois (Meuse) ?

J.L.V. : En observant attentivement la géographie on s’aperçoit qu’il est passé entre la Meuse qui est à l’est et le canal de la Marne au Rhin à l’ouest en suivant le couvert forestier qui l’a conduit naturellement vers le Nord, il s’est retrouvé coincé entre deux frontières naturelles qui n’étaient pas gelées. Selon moi il est arrivé par le bois de Chanteraine.

Il était présent là bas le 24 janvier 2013 certainement encore les jours qui ont suivi et dans la même période de temps le 29 janvier 2013 à 40 kilomètres à vol d’oiseau un prélèvement sur un bélier s’est produit Coussey (Vosges). Ce qui montre qu’il n’y avait un loup mais au moins deux loups sur la zone vitale granderrinoise en 2012.

P.M. : Un article ou plutôt l'opinion d'un lecteur du R. L. nous disait que les loups sont un danger pour l'Homme (et surtout pour les enfants), quel est votre avis sur la question ?

J.L.V. : Globalement, on peut dire que depuis 70 ans on n’a aucune preuve formelle de prédation du loup sur l’Homme en Europe occidentale que ce soit enfant ou adulte.

Aux Etats Unis (USA), il y a souvent eu des amalgames entre l’ours et le loup mais il existe aussi des cas de consommation de chaire humaine post mortem en Amérique du Nord. Un cas connu de blessure sur l’Homme qui s’est déroulé dans un contexte double. Les faits se sont déroulés sur une île où il y avait eu un certains nombre de tirs de destruction de loups : un kayakiste s’est arrêté sur une  plage pour nourrir des chevreuils et il a été attaqué par un loup.

Une déstructuration des cellules familiales qui constitue la meute peut engendrer un défaut de comportement du loup.

Le loup n’est pas un prédateur de l’Homme mais c’est l’Homme qui est un prédateur du loup.

P.M. : Que pouvez-vous me dire au sujet de la « Bête des Vosges » de février 1977-1978 ?

J.L.V. : La bête des Vosges a subit une trentaine de battues, globalement on a poussé la bête de Rambervillers à La Bresse là où la nouvelle bête 2011 a pris des marques : les lieux de prédation sont les mêmes.

Concernant la bête des Vosges, ce qui est important, c’est de comprendre, que les traques incessantes ont fait se déplacer une population de canidés. A l’évidence, un seul animal, ne peut prélever, 300 ovins, en quelques mois. ( 8 mois). C’est exactement ce qui se passe, sous la pression du braconnage, au niveau national. L’exemple récent des incursions du « loup vosgien », qui doit se conjuguer au pluriel, à l’évidence, ( 1 loup seul aurait prélevé 3x plus d’ovins que 2 loups sur le massif), est l’exemple même de la démonstration, de l’incapacité des pouvoirs publics, à anticiper.

P.M. : Il est un prédateur qui fait encore parler de lui après 250 ans c’est la Bête du Gévaudan, beaucoup de personnes croient encore aujourd’hui qu’il pouvait s’agir d’un loup. Quel est votre avsi sur la question ?

J.L.V. : Je ne suis pas un spécialiste de la « beste », en Gévaudan, à mon sens, le loup, ne porte aucune des responsabilités que l’histoire lui a attribué.

Les attaques sur l’Homme par le loup sont exclusivement dues à la rage. Le loup une fois qu’il a contracté la rage après la période d’incubation va survivre au maximum 5 jours et pas 3 ans comme pour la bête du Gévaudan. La probabilité qu’il s’agisse d’un ou de plusieurs est presque nulle.

Certains loups enragés ont tout de même été jusqu’à mordre 40 personnes le même jour dans le même village. Ce loup enragé aurait mordu des villageois en Meuse en 1810.

Le fait qu’aucune des victimes n’ait fait l’objet d’hydrophobie prouve que le loup enragé n’ait sévit durant la période des méfaits de la bête du Gévaudan.

La bête du Gévaudan n’était selon moi pas un animal indigène et devait être dirigée par la main de l’Homme. Si c’était bien un animal… 

P.M. : On sent depuis quelques années que des parcs comme Sainte Croix à Rhodes tentent de réconcilier l’Homme et le loup, est-ce selon vous possible ?

J.L.V. : Le comportement du loup en meute diffère sensiblement dans les milieux naturels, en particulier sur ses capacités de chasseur, de déplacement et d'exploitation du territoire, dans sa reproduction également (de nombreux animaux sont stériles), le parc , en général apporte une vision tronqué du loup. Il est bien évident que la biologie du loup et la biologie de l'ovin, par exemple, tout comme les techniques de pastoralisme, sont peu expliquées....

Remerciements

Je remercie encore Jean-Luc Valérie d'avoir bien voulu répondre à ces questions avec sympathie. Cet article n'avait pas vraiment comme but de vous dire tout ce qu'il y a à savoir sur le loup car ce sujet ne s'apprend pas en 20 minutes mais plutôt en 20 ans !

Je souhaitais simplement faire ouvrir les yeux aux lecteurs, le loup n'est pas un prédateur sanguinaire qui mange des enfants (à part peut-être le petit chaperon rouge). C'est un animal qui craint l'Homme et qui ne l'attaque qu'exceptionnellement si il est désorienté, enragé, ou qu'il a perdu ses repères dans sa meute.

J'espère que certains internautes reverront leur jugement sur ce canidé ou seront confortés par cette lecture. Et qu'un jour les loups seront de nouveaux les bienvenus chez nous, mais en attendant il faut convaincre un maximum de personnes que le loup n'est pas un fléau et c'est à vous de nous aider aussi en en parlant autour de vous.

Philippe Mind

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